Livre lu et commenté par le club de littérature américaine de Gif-sur-Yvette
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Mrs Dalloway de Virginia Woolf
Folio (éditeur)
Marie-Claire Pasquier (traduction)


Quatrième de couverture : Résumé Une journée dans la vie d'une femme. Vivant dans la haute société anglaise, au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'héroïne s'interroge sur ses choix - pourquoi n'a-t-elle pas épousé l'homme qu'elle aimait vraiment, qui lui rend visite ce jour-là ? -, ses souvenirs, ses angoisses - pourquoi est-elle si frappée par la mort d'un ancien militaire qui ne s'est pas remis de la guerre, pourtant un parfait inconnu pour elle ? Crise existentielle qui mène à un dédoublement de personnalité, aux portes de la folie. Ce grand monologue intérieur exprime la difficulté de relier soi et les autres, le présent et le passé, le langage et le silence, mais aussi de se reconnaître soi-même. Comment s'émanciper du carcan social, comment assumer son identité ? Publié en 1925, Mrs Dalloway est le chef-d'oeuvre de Woolf et l'un des piliers de la littérature du XXe siècle. Dans ce roman poétique, porté par la musique d'une phrase chantante et d'une narration incisive, les impressions deviennent des aventures.
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A notre groupe de lecture s’était jointe Elisabeth Vialle, spécialiste de Virginia Woolf. Ce roman est le récit de la journée d’une femme londonienne, Clarissa Dalloway, en juin 1923. Elle sort pour acheter des fleurs et préparer sa réception du soir. Ainsi commence le roman : « Mrs Dalloway dit qu’elle se chargerait d’acheter les fleurs ». Et c’est à partir de cette intrigue très mince… qu’est construit le récit. Du matin au soir, on suit sa déambulation physique et mentale dans Londres, sa rencontre avec un de ses prétendants de jeunesse. On croise sa fille, sa bonne, une ancienne amie, une mondaine, un couple dont le mari, Septimus divague et sombre dans la folie… On passe sans transition d’un personnage à l’autre, d’une pensée à l’autre , chacun étant plongé dans ses angoisses personnelles, ses petites rancoeurs…Chacun parle de lui, est enfermé dans son propre monologue intérieur mais tout converge vers Clarissa, ses angoisses, ses regrets, la fuite du temps rythmé par le carillon de Big Ben C’est un roman « bipolaire », hommage à la vie, à la beauté de ce jour du mois de juin et en même temps, angoisse, folie, suicide. Le personnage de Septimus, ancien soldat traumatisé par la guerre, qui sobre dans la folie, incarne particulièrement cette ambivalence. Il est le double, le complémentaire de Clarissa Le personnage de Clarissa, typique aristocrate anglaise, femme mondaine qui organise des « soirées » et se fait servir n’est a priori pas très sympathique mais très vite se superpose une femme fragile, complexe, qui doute d’elle. Une femme sensible, hantée par la peur de vieillir, la nostalgie, les regrets, un personnage dont on se sent proche et qui nous communique son mal être. « Elle avait perpétuellement la sensation, tout en regardant les taxis, d’être en dehors, en dehors, très loin en mer et toute seule ; elle avait toujours le sentiment qu’il était très, très dangereux de vivre, ne serait-ce qu’un seul jour. » ; « cela avait-il de l’importance qu’elle dût inévitablement disparaître à tout jamais ; que tout cela dût continuer sans elle ; fallait-il le déplorer ; ou bien n’était-ce pas consolant de croire que la mort était le terme de tout ? ». Ce livre est également une satire des mondanités, du jeu des apparences, une critique de la classe dominante, d’une société qui maltraite les fous, les femmes. Mais ce qui caractérise ce roman, outre la justesse psychologique et la complexité des personnages, est son écriture. Roman encore aujourd’hui incroyablement moderne par son style (pas de chapitre, des phrases longues), par sa fluidité, sa légèreté. Sensation de rêve, de poésie. De la même façon qu’on ressent intimement la myriade de sentiments vécue par Mrs Dalloway, on vit physiquement cette journée, on sent l’air printanier, on voit la couleur des fleurs, on entend les bruits de la rue…. Un très grand livre de l’avis général bien qu’il ait ennuyé l’une d’entre nous.
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Elisabeth Vialle, a specialist on Virginia Woolf, joined us for this specific session of our reading group. The action in the novel occupies the space of one single day in June 1923, focusing on Clarissa Dalloway, a Londoner, who is throwing a party that particular evening, and spends the day getting ready for it. The opening sentence of the book reads: “Mrs Dalloway said she would buy the flowers herself.” And on such a thin thread the plot rests. From morning to night, we follow her in her physical and mental ramblings across the city, as well as back home when she receives an unexpected visit from an old flame of hers. We come across her daughter, her housemaid, an old friend, a socialite, a married couple exchanging heated words, as the wife realises that the mind of Septimus, her husband, is wandering, and that he is falling into madness. The reader is made to shift abruptly from one character to the next, from one strain of thought to another, each person being immersed in their personal anxieties, in their petty resentments… All the characters speak of themselves, locked as they are in their inner monologue, but everything converges on Clarissa, on her fears, her regrets, and on the inexorable flight of time, materialised by the chiming of Big Ben. The novel could be described as “bipolar”, since it celebrates life, and the beauty of this glorious June day, while foregrounding at the same time angst, insanity, and suicide. Septimus, a former soldier traumatised by the First World War, whose sanity is clearly on the wane, perfectly embodies this ambivalence. He is Clarissa’s dark double, her mirror image. The character of Clarissa, a typical upper-class English woman who has several servants, and who gives “parties” to which only the higher ranks of society are invited, is not very engaging at first, but very soon we discover the woman inside: vulnerable, complex, unsure of herself; she is sensitive, haunted by the fear of ageing, by nostalgia, and regrets. The reader feels close to this character, and senses her uneasiness. “She had a perpetual sense, as she watched the taxicabs, of being out, out, far out to sea and alone; she always had the feeling that it was very dangerous to live even one day.” … “did it matter that she must inevitably cease completely; all this must go on without her; did she resent it; or did it become consoling to believe that death ended absolutely?” This novel is also a satire of the customs of High Society, of the cult of appearances, it criticises the ruling class, and a society which bullies both the insane, and women. But, apart from the compelling subtlety of the psychological analyses and the complexity of the characters, what characterises this novel is the way it is written. Even now this novel comes across as extremely modern because of its style (no chapters, long sentences), its fluidity, its lightness of touch. The effect on the reader is that of dreams, of poetry. Just as we feel, intimately, the myriad feelings jostling inside Mrs Dalloway’s mind, we experience this June day physically, we feel the Spring air blowing, we see the vivid colours of the flowers, we hear the loud noises in the street… A very great book, to be sure, was the general feeling among the group, although one of us admitted that she found it boring.