Livre lu et commenté par le club de littérature américaine de Gif-sur-Yvette
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le chant des revenants de Jesmyn Ward
Belfond (éditeur)
Charles Recoursé (traduction)


Quatrième de couverture : Seule femme à avoir reçu deux fois le National Book Award, Jesmyn Ward nous livre un roman puissant, hanté, d’une déchirante beauté, un road trip à travers un Sud dévasté, un chant à trois voix pour raconter l’Amérique noire, en butte au racisme le plus primaire, aux injustices, à la misère, mais aussi l’amour inconditionnel, la tendresse et la force puisée dans les racines. Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla. De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État. Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent. Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses…
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Ce roman, aussi puissant que déchirant est le récit des noirs brutalisés, tabassés, violés depuis des siècles dans le sud des États-Unis. Il a été récompensé en 2017 par le National Book Award, distinction que l’auteure avait déjà ­reçue en 2011 pour son deuxième roman, Bois Sauvage. Trois voix se succèdent pour conter l’intrigue du Chant des revenants : Jojo, Leonie et Richie et à travers leur récit, nous reconstituons l’histoire d`une famille pauvre du Sud des Etats-Unis rongée par la drogue et la hantise de la prison. Jojo, gamin touchant de 13 ans, entre innocence et expérience, élevé avec sa jeune soeur par des grands-parents maternels aimants et superbes, repère et substitut parental de sa petite sœur qu’il protège de leur mère immature. Jojo observe, écoute son grand-père qui lui transmet l’histoire de la communauté noire, dans ce Sud profond où, quarante ans après son abolition, la sé­grégation demeure. Leonie, la mère maladroite et parfois brutale avec ses enfants, personnage incapable d’être mère, qui pourtant essaie mais qui n’y arrive pas. Léonie qui tente d’oublier dans la drogue la mort de son jeune frère Given assassiné par des blancs et l`absence de son compagnon Michael, emprisonné au pénitencier d`État de Parchman, pénitencier dans lequel a séjourné le grand père lorsqu’il était jeune et où il a connu Richie, un gamin emprisonné pour avoir volé un morceau de viande et dont la mort hante le grand-père. « C’était criminel. Un massacre », dit Papy à Jojo, à propos du quotidien dans ce pénitencier. Richie, Given fantômes si présents dans la vie des vivants que l’un d’entre eux , Richie qui parle à l’oreille de Jojo, est dans la composition du livre, un narrateur au même titre que Jojo et Léonie. Cette porosité entre les vivants et les morts, l’absence de rupture entre les fantômes et cette famille traduit combien les morts sont présents dans nos vies. La confrontation entre le présent et l’au-delà, entre l’innocence et l’expérience mettent l’accent sur le poids de la filiation et de la transmission dans nos vies. Transmission qui ici saute une génération, réussie entre Jojo et son grand-père, manquée entre Léonie et sa mère Ce roman a été comparé aux romans de Tony Morrisson (Beloved) et William Faulkner (Tandis que j’agonise), l’écriture se place dans la tradition du gothique sudiste, échappées poétiques, extases de la drogue qui fait revenir les morts…. A l’exception d’une d’entre nous, ce roman, sombre et intense construit autour d’une famille noire du Mississipi et des thèmes universels du racisme nous a boulversées
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This powerful and wrenching novel depicts how African Americans have been kicked about, beaten, and raped for centuries in the South of the USA. The novel won the National Book Award in 2017, and, remarkably, it was the second time Jesmyn Ward was thus distinguished, since her second novel, Salvage the Bones, had already won her the award in 2011. In Sing, Unburied, Sing, three narrative voices alternate in separate chapters: we are given to read the inner monologues of Jojo, Leonie and Richie, and we can piece together the story of a poor family living in a fictitious small town in Mississippi, cursed by drug addiction and the looming threat of Parchman prison. Jojo, an endearing boy of thirteen, poised between innocence and experience, was raised with his younger sister by their proud and loving maternal grandparents, who are striking, and superbly depicted, characters. Jojo protects his little sister from their immature and uncaring mother, and acts as her point of reference and substitute parent. Jojo observes keenly, and listens, especially to his grandfather, who passes on the history of the Black community in a deep South where segregation, although long abolished in theory, is still very much present in the local mindsets and customs. Leonie, awkward and inept as a mother, is sometimes brutal with her children: even though she wishes to gain their affection, she fails to act as a worthy, nurturing parent. Leonie has turned to drugs to seek relief from the traumatic memory of her brother Given’s murder at the hands of white people (who succeeded in passing off his killing as a “hunting accident”), and she greatly misses her companion Michael, imprisoned in Parchman penitentiary. Jojo’s grandfather had once been a prisoner there himself, and that is where he met Richie, a twelve-year old jailed for stealing a piece of meat, and who died in circumstances that still haunt the grandfather. Pop tells Jojo that daily life in that prison was dreadfully brutal. The ghosts of Richie and of Given haunt the characters, and are so palpably present to the living that one of them, Richie, who whispers in Jojo’s ear, becomes one of the three narrators of the story, and is given as much page space as the other two, Jojo and Leonie. This absence of frontier between the dead and the living, between the family members and the ghosts, shows how present the dead can be in our lives. The confrontation between the here and now and the hereafter, between innocence and experience, underlines the importance of filiation, and of passing down a tradition from one generation to the next. Although here the transmission skips a generation, from Pop to Jojo, while Leonie fails to benefit from her mother’s attempts to pass on her values. This novel has been compared to Tony Morrison’s (Beloved, for instance) and William Fualkner’s (As I Lay Dying); indeed Ward’s book can be said to belong to the genre of the Southern Gothic, with its poetic flights, and the ecstasies of drugs able to summon back the dead… Apart from one of us, we all felt deeply moved by this intense and dark tale built around one African American family in Mississippi, and the universal theme of racism.