Livre lu et commenté par le club de littérature américaine de Gif-sur-Yvette
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Blonde de Joyce Carol Oates
Livre de poche (éditeur)
Claude Seban (traduction)


Quatrième de couverture : Joyce Carol Oates Blonde « Alors, en début de soirée, ce 3 août 1962, vint la Mort, index sur la sonnette du 12305 Fifth Helena Drive. La Mort qui essuyait la sueur de son front avec sa casquette de base-ball. La Mort qui mastiquait vite, impatiente, un chewing-gum. Pas un bruit à l'intérieur. La Mort ne peut pas le laisser sur le pas de la porte, ce foutu paquet, il lui faut une signature. Elle n'entend que les vibrations ronronnantes de l'air conditionné. Ou bien... est-ce qu'elle entend une radio là ? La maison est de type espagnol, c'est une « hacienda » de plain-pied ; murs en fausses briques, toiture en tuiles orange luisantes, fenêtres aux stores tirés. On la croirait presque recouverte d'une poussière grise. Compacte et miniature comme une maison de poupée, rien de grandiose pour Brentwood. La Mort sonna à deux reprises, appuya fort la seconde. Cette fois, on ouvrit la porte. De la main de la Mort, j'acceptais ce cadeau. Je savais ce que c'était, je crois. Et de la part de qui c'était. En voyant le nom et l'adresse, j'ai ri et j'ai signé sans hésiter. »
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Enorme roman (1100 pages) qui se place sous le signe d'une citation de Jean-Paul Sartre : « Le génie n'est pas un don mais l'issue qu'on invente dans les cas désespérés.». Enorme coup de cœur pour la plupart d’entre nous qui placent ce roman parmi les meilleurs de JC Oates. L’autrice dit avoir décidé d'écrire sur Marilyn Monroe en voyant des photos d'elle à 17 ans, alors qu’elle n’était pas blonde, avant les transformations de la chirurgie esthétique pour en faire la femme sexy ultra fabriquée et adulée par des millions de spectateurs. Mais "Blonde" n’est pas une biographie romancée, c’est «?une vie radicalement distillée sous forme de fiction?», c’est un «?roman?» annonce JC Oates dans l’introduction, roman dans lequel l’autrice choisit quelques évènements marquants de la vie de Marilyn. Et par cette forme littéraire, elle recrée la vie intérieure de Norma Jeane Baker (nom réel de M. M) et la raconte par la voix de celle-ci. Elle nous offre ainsi un livre bouleversant où fiction et réalité sont intimement mêlées. Fille d’une mère schizophrène internée dont elle cherche inlassablement l’amour, recherche éperdue d’un père absent, ballottée d’orphelinat en famille d’accueil, M.M a un besoin d’amour et de reconnaissance démesuré. Bombe sexuelle, Norma Jeane Baker veut réussir, elle sera métamorphosée façon Hollywood, , «?une demi douzaine de mains expertes s’abattirent sur l’Actrice blonde comme des plumeurs de poulets sur des volailles. Ses cheveux furent lavés et permanentés, leurs racines décolorées avec une eau oxygénée si puissante qu’on dut diriger un ventilateur sur l’actrice blonde pour lui éviter l’asphyxie… et un séche cheveux si puissant rugissant fut abaissé sur sa tête comme une machine à administrer des électrochocs?», elle sera gorgée de Nembutal et de benzédrine, il lui sera imposé séances de strip-tease et humiliations diverses. Sexe, drogue, alcool vont précipiter une fin sordide. Les hommes qui ont compté dans sa vie?: les Gémeaux, l'Ex-Athlète, l'Auteur Dramatique, le Président n’ont pas su (voulu??) éviter cette descente aux enfers, voire y ont participé. Et pourtant… cette «?biofiction?» nous révèle un personnage bouleversant, poignant, un personnage qui s’intéresse à la poésie, qui s’intéresse à Darwin et à l’ évolution des espèces, un personnage qui recherche éperdument l’amour, un personnage qui d'avortements en fausses couches est rongé par son désir d’enfant. Un personnage qu’on a envie d’aimer. Certaines d’entre nous ont émis un avis plus nuancé voire négatif sur ce livre. Les principales critiques concernant la forme «?biofiction?» du roman (préférant que les ouvrages séparent clairement fiction et biographie) et les scènes de sexe jugées sordides et complaisantes.
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Blonde is an immense novel. Immmense in length (over 700 pages in the paperback edi-tion) bearing, as epigraph, a quotation by Jean-Paul Sartre: Genius is not a gift , but the way a person invents in desperate circumstances. Immense, too, in the way it impressed most of us who consider this novel one of Joyce Carol Oates’ best. The author explains that she made the decision to write about Marilyn Monroe after seeing photographs of her when she 17 - a time when she was not blond, a time before the transfor-mation brought about by plastic surgery which would turn her into the fabricated “ultra-pro-cessed” sex symbol worshipped by millions of viewers. But Blonde is not a romanticized biography; its is, as Oates points out in the “Author’s Note” “a radically distilled “life” in the form of fiction.” It is a novel in which the author selects key events in the life of Norma Jean Baker (Marilyn Monroe’s real name) who tells her story from her own per-spective, using the first person, speaking in her own voice - a literary form which permits the au-thor to re-create a character’s innner life and who, here, offers us a deeply moving book where fic-tion and reality are intimately intertwined. Daughter of a mother suffering from schizophrenia and committed to a mental institution, yearning for her mother’s love, seeking it unremittingly, searching frantically for a father who will always be absent, shuttled back and forth from orphanage to foster home, Marilyn Monroe needs affection and is immoderate in her demands for love and recognition. Norma Jean Baker is a bombshell. She wants to succeed. She will be metamorphosed - Holly-wood style. (...) a half-dozen expert hands laid into the Blond Actress as chicken pluckers might lay into poultry carcasses. Her hair was shampooed and given a permanent and its shadowy roots bleached with peroxide so powerful they had to turn a fan on the Blond Actress to save her from asphyxiation (...) and a roaring dryer lowered into her head like a machine devised to administer electric shock. She will be gorged with Nembutol and Benzedrine, subjected to sessions of strip tease and myriad humiliations . Sex, drugs and alcohol will soon take their toll and precipitate a sordid end. The men who counted in her life - the Gemini, the Ex-Athlete, the Playwright, the President- could not (or perhaps did not care to ) avoid this tragic downward spiral when and if they them-selves did not partake in it. And yet, this “bio-fiction” succeeds in bringing to life a moving, poign-ant character, interested in poetry, interested in science, in Darwin’s theory of the evolution of the species, a distraught character who seeks love obsessively, and who, from miscarriage to abortion, is tormented by the desire to have a child . A character the reader is drawn to and would like to love. A few of us, however, did voice a more nuanced, negative opinion . The criticism centered mainly around the bio fiction form of the novel (with a preference for works where the line be-tween biographical fact and fiction is not blurred) but also regarding the sometimes lurid and com-placent sex scenes.