
Méridien de sang de Cormac McCarthy
Éditions de l'Olivier (éditeur)
François Hirsch (traduction)
Quatrième de couverture : Dehors s'étendent des terres sombres retournées piquées de lambeaux de neige et plus sombres au loin des bois où s'abritent encore les derniers loups. » Après avoir fui la hutte paternelle au Tennessee, un garçon de quatorze ans, dit le Gamin, s'enrôle dans une bande de hors-la-loi payés au scalp. Ces soldats de fortune pillent, brûlent et tuent, menés par le Capitaine Glanton et son second, le Juge, géant surhumain au savoir encyclopédique. Arrivés au Colorado, ils sont décimés par les survivants d'Indiens Yumas. Un long affrontement commence alors entre le Juge et le Gamin, au pied des dunes de la Vallée de la Mort. Méridien de sang est une équipée sauvage et tragique, sur laquelle plane l'ombre d'Edgar Allan Poe. Cormac McCarthy y déploie sa vision de l'Amérique, hantée par la violence des hommes et la question du Mal.

Meridien de sang. Cormac Mc Carthy. Traduction : François Hirsch Roman violent, roman sanglant à l’atmosphère de western qui commence ainsi : "Voici l’enfant. Il est pâle et maigre, sa chemise de toile est mince et en lambeaux. Il tisonne le feu près de la souillarde. Dehors s’étendent des terres sombres, retournées, piquées de lambeaux de neige, et plus sombre au loin des bois où s’abritent encore les derniers loups. Sa famille, ce sont des tâcherons, fendeurs de bois et puiseurs d’eau, mais en vérité son père a été maître d’école. Il ne dessoûle jamais, il cite des poètes dont les noms sont maintenant oubliés. Le petit est accroupi devant le feu et l’observe." L’action se passe dans les années 1840 et c’est cet enfant, dénommé ensuite le gamin et dans les dernières pages l’homme qu’on suit alors qu’il a quitté son « foyer » au Tennessee et qu’il s’engage dans une armée de mercenaires tueurs d’Indiens, payés au scalp, pillant, brûlant, massacrant tout sur leur passage («une meute d'humains à la mine cruelle ». Cette armée est guidée par 2 personnages clés du roman : Glanton, inspiré d’un personnage réel (1819-1850) qui était un mercenaire sanguinaire auto proclamé, chef d’un clan d’assassins chassant les Apaches à la frontière du Mexique et le Juge Holden, personnage principal du roman. Le Juge Holden est un « savant » à la connaissance encyclopédique qui connait les langues, les astres, le nom de plantes, la musique…C’est avant tout un psychopathe démoniaque dont la férocité n’a d’égale que sa volonté absolue de maitriser l’univers et dont le but est d’être « vraiment le suzerain de la terre…. Cette terre m’appartient dit-il, c’est ma concession…. , Pour qu’elle m’ appartienne vraiment rien ne doit pouvoir s’y produire sans mon consentement …. Pour moi, la liberté des oiseaux est une insulte ». Par certains aspects, la sauvagerie du personnage et son ascendant évoque la personne de Kurtz dans « Au cœur des ténèbres » de J. Conrad Les atrocités de cette bande meurtrière sont décrites par le menu et la lecture en est parfois insoutenable : « l'un des Delawares émergea de la fumée en tenant dans chaque main un nouveau-né qui se balançait et il s'accroupit devant la bordure de pierre d'une fosse à fumier et il les projeta chacun son tour par les talons et leur fracassa le crâne contre les pierres, faisant exploser la cervelle qui jaillit en bouillie sanglante par la fontanelle » Ce roman sanglant, truffé de références religieuses ne laisse aucun espoir, aucun salut. Il se déroule dans une nature grandiose« Ils passèrent par une haute prairie tapissée de fleurs sauvages, des arpents de séneçon doré et de zinnia et des volubilis bleu et une vaste plaine de petits bouquets de toutes sortes s’étendant à l’infini comme un batik jusqu’aux flancs striés de plus lointaines corniches bleuies de brume et les chaines diamantines surgies du néant comme le dos de monstres marins dans une aube dévonienne. » Une écriture coup de poing, « l’hurlante obscurité », une écriture rude, des phrases longues, pratiquement pas de virgules, des descriptions parfois difficilement soutenables, un texte truffé de références bibliques, Cormac Mc Carthy nous livre là une vision bien différente de la vision habituelle de la Conquête de l’Ouest. La violence de ce roman fait référence en fait à l’implacable brutalité de cette conquête et à l’idée de la Destinée Manifeste. Certaines d’entre nous ont trouvé la sauvagerie de ce roman insoutenable alors que beaucoup considèrent qu’il s’agit un chef d’œuvre. Cependant toutes ont été fascinées par la splendeur de l'écriture, écriture poétique et âpre, écriture à couper le souffle qui rappelle les grands récits fondateurs de la littérature.

Blood Meridian by Cormac McCarthy (1985) 354 p Grounded in the Western genre, blood-soaked violence is at the core of this novel. It opens with these lines: “ SEE THE CHILD. He is pale and thin, he wears a thin and ragged linen shirt. He stokes the scullery fire. Outside lie dark turned fields with rags of snow and darker woods beyond that harbor yet a few last wolves. His folk are known for hewers of wood and drawers of water but in truth his father has been a schoolmaster. He lies in drink, he quotes from poets whose names are now lost. The boy crouches by the fire and watches him”. Set in the 1840’s it is the life of this child - later called “The Kid” and in the final pages “The Man” – that we follow after he has left his “home” in Tennessee and enlists in an army of scalp-hunting mercenaries, who hunt and kill Indians, pillaging, burning, slaughtering, destroying everything in their path: “a pack of vicouslooking humans”. The army is led by the two major characters of the novel: One of them - Glanton - (based on a true life story (1819-1850) ) is a self-proclaimed commander-in-chief, a bloodthirsty mercenary in charge of a gang of murderers who hunt Apaches at the Mexican border, and Judge Holden, the protagonist of the novel. Judge Holden is erudite - a “scholar” - with encyclopedic knowledge; he is cognizant of languages, the stars, the names of plants, music… He is above all a demonic psychopath whose ferociousness is only equaled by his overpowering desire to conquer the universe, whose aim is to become “properly suzerain of the earth (…) [He] placed his hands on the ground. (…) This is my claim he said. (..)In order for it to be mine nothing must be permitted to occur upon it save by my dispensation. (…) The freedom of birds is an insult to me” In certain respects the savagery of the Judge and the powerful influence he exerts over others is reminiscent of Kurtz, the protagonist in Conrad’s Heart of Darkness. The atrocities committed by this murderous gang are described in such detail that it makes it painful to get through them: « (…) one of the Delawares emerged from the smoke with a naked infant dangling in each hand and squatted at a ring of midden stones and swung the by the heels each in turn and bashed their heads against the stones so that the brains burst forth through the fontanel (…).” (pp164-165) The novel brims with gore, is full of religious references and leaves no room for hope or salvation. It unfolds against a backdrop of nature at its most grandiose: “They passed through a highland meadow carpeted with wildflowers, acres of golden groundsel and zinnia and deep purple gentian and wild vines of blue morninglory and a vast plain of varied small blooms reaching onward like a gingham print to the farthest serried rimlands blue with haze and the adamantine ranges rising out of nothing like the backs of seabeasts in a Devonian dawn.” ( p197). The style can be pungent, gripping, “the howling darkness” (a slap-in-the-face to readers with long, run-on sentences, hardly any commas, with descriptions so gruesome they become barely readable, alongside myriad Biblical allusions: Cormac McCarthy’s vision is at odds with the more commonly held vision of the conquest of the American west. The violence mirrors, in fact, the implacable brutality of westward expansion and the idea of Manifest Destiny. Some of us found the savagery depicted in the novel unbearable while others considered the novel a masterpiece. All of us were nonetheless fascinated by the extraordinary beauty of the prose – poetic, harsh, breathtaking - which places the novel among the great founding works of literature.

