Livre lu et commenté par le club de littérature américaine de Gif-sur-Yvette
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L'opéra flottant de John Barth
Gallimard (éditeur)
Henri Robillot (traduction)


Quatrième de couverture : Nous sortîmes dans le soleil étincelant et marchâmes dans l'air desséché jusqu'à Long Wharf où le showboat, immense, était amarré contre le quai. Contrairement à ses équivalents du Mississippi, L'Opéra Flottant d'Adam, Original et Sans Rival n'était pas une extravagance architecturale surchargée d'or et de pâtisseries. - Qu'est-ce que c'est que ça, Toddy ? demanda Jeannine avec agitation. - C'est un showboat, répondis-je. Tu peux dire ce mot-là, showboat ? - Showboat. C'est pour quoi faire, mon Toddy ? cria-t-elle, impressionnée par les proportions de L'Opéra. - C'est un showboat, chérie. Les gens montent dessus, ils écoutent la musique et ils regardent les acteurs danser et faire les pitres. - Pourquoi ? - Pourquoi quoi ? m'enquis-je. Pourquoi les acteurs font les pitres ou pourquoi les gens aiment les regarder ? - Pourquoi les gens... ? - Les gens aiment aller au spectacle parce que ça les fait rire. Ils aiment que les acteurs les fassent rire. - Pourquoi ? - Ils aiment rire parce que rire les rend heureux. Ils aiment être heureux, tout comme toi.
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L’opéra flottant de John Barth. Traduction Henri Robillot Publié en 1956, l’opéra flottant est le 1er roman de John Barth. Il a été nominé pour le National Book Award. Ce roman se présente comme une autobiographie de Todd Andrews , «Todd, c'est presque Tod c'est-à-dire presque la mort et ce livre, s'il s'écrit, a beaucoup à voir avec la presque-mort.». Todd, la cinquantaine, raconte son histoire tout en rappelant régulièrement qu’il écrit un livre, histoire vécue et acte littéraire mêlés. Et en effet la mort ainsi que la vieillesse sont omniprésentes dans son récit. Il est avocat à Cambridge dans le Maryland et doit résoudre d’incroyables affaires judiciaires avec testaments multiples et héritages rocambolesques. Depuis le suicide de son père, suicide sur lequel il « enquête », il vit à l’hôtel. Il souffre de plusieurs maladies et vient de rompre avec Jane, la femme de son ami avec qui il vivait un amour libre. Un souvenir l’obsède, celui d’un combat qu’il a mené dans les tranchées durant la Première Guerre mondiale avec un jeune soldat allemand. Il se souvient de l’avoir embrassé «avec autant de fougue que l'amant le plus passionné mit jamais à étreindre sa maîtresse» puis de l’avoir tué. Le livre est centré sur ce jour de 1937 où alors qu’il avait 37 ans, il a planifié de se suicider … Certain.es ont vu dans les pulsions destructrices du narrateur, une psychanalyse à ciel ouvert. Todd explique le titre de son livre : L’opéra flottant est un showboat qui navigue le long de la rivière, les pièces de théâtre se déroulant à la vue et hors de vue de ceux qui sont à terre. De même, l’histoire de Todd va et vient, s’approchant, s’éloignant du lecteur. En effet, ce qui caractérise ce livre est avant tout est sa forme littéraire. Roman post moderne, hommage à Laurence Sterne, auteur avant-gardiste de Tristram Shandy (18eme s). Comme ce dernier, « l’opéra flottant » est l’art de la digression. C’est un livre fragmenté avec de nombreux retours en arrière et de récits secondaires Beaucoup de clins d’œil au lecteur avec des références constantes sur comment s’écrit le livre, comment l’écrivain est occupé par des questions contingentes, « En vérité, ce n’est qu’il y a une heure environ, lorsque je me suis mis à écrire, que j’ai compris que mon histoire atteindrait au moins la longueur d’un roman, et, par conséquent, décidé de lui donner un titre de roman ». Ce roman se caractérise aussi par son ironie, son humour noir, l’absurdité de la plupart des situations, son absence de réalisme et d’objectif : « I- Rien n’a de valeur intrinsèque , II- Les raisons pour lesquelles les gens attribuent telle ou telle valeur aux choses sont en fin de compte toujours irrationnelles, III- Il n’y a par conséquent aucune « raison » d’accorder une valeur quelconque à quoi que ce soit » Par toutes ces particularités, ce livre a désorienté certain.es qui, tout en reconnaissant son intérêt littéraire ,ont eu du mal à le terminer. D’autres par contre ont trouvé beaucoup de plaisir à sa lecture, son humour noir, ses clins d’œil. De l’avis de tous et toutes, il s’agit d’un livre important de la littérature américaine postmoderne.
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Published in 1956 and nominated for the National Book Award The Floating Opera is John Barth’s debut novel; it is presented as an autobiography of Todd Andrews “Tod is death, and this book hasn’t much to do with death; Todd is almost Tod—that is, almost death–and this book, if it gets written, has very much to do with almost-death. “ Todd is in his fifties, and as he tells his story with constant reminders that he is in the process of writing it, the book becomes both the story of a life lived and a literary statement. Death, old age and dying are actually at the center of his life: He is a lawyer in Cambridge, Maryland and must solve bewilderingly complicated legal suits involving multiple wills and outrageous inheritances. Ever since his father’s suicide, that he is painstakingly investigating, he has lived in a hotel. He suffers from a number of illnesses and has just broken up with Jane, his friend’s wife with whom he has been sharing a free love relationship. One particular memory haunts him obsessively: the fight he had with a young German soldier in the trenches of the First World War. He remembers embracing him “as fiercely as any man ever embraced his mistress” - only to stab him to death seconds later. Finally, the book chronicles the day in 1937 when at age 17 he decides to commit suicide. Some of us saw in these self-destructive death instincts the workings of psychoanalysis in plain view. Todd explains the title of his book: The Floating Opera is a showboat which drifts up and down the river, and on its deck, a play goes on continuously, flashing in and out of view of the people sitting along the banks. In the same way, Tod’s story will ebb and flow, meandering towards and away from the reader. In fact, the distinguishing feature of The Floating Opera is its literary form: a postmodern novel and tribute to Laurence Sterne, the 18th century avant-garde author of Tristram Shandy, for, like Sterne’s book, it too illustrates the art of digression; it is a story fragmented by a large number of flashbacks and subplots and complicit nods to the readers - as he confides in us, explaining how the book is being written and how the writer deals with contingency ” Indeed, it wasn’t until an hour or so ago, when I began writing, that I realized the story would be at least novel-length and resolved therefore to give it a novel title” Another characteristic of the novel is its irony and black humor, the absolute absurdity of most of the situations and the absence of realism and purpose. “I. Nothing has intrinsic value. II. The reasons for which people attribute value to things are always ultimately irrational. III. There is, therefore, no ultimate “reason” for valuing anything.” For all of these reasons, some of us were disoriented by this novel and had trouble finishing the book in spite of its literary merit. Others on the contrary particularly enjoyed its black humor and the direct involvement of the reader in the “making of” the novel. We all agreed, however, that it is an important book in postmodern American literature.