
Betty de Tiffany Mc Daniel
Gallmeister (éditeur)
François Happe (traduction)
Quatrième de couverture : "Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne." La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler. Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. À travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

Difficile de parler d’un livre qualifié de « chef d’œuvre » par la plupart des critiques. Les avis au sein du groupe ont été plus nuancés et divers. Entre un avis très positif mettant l’accent sur l’émotion et la poésie du livre et un avis négatif mettant l’accent sur le manque de nuance des personnages et le sentiment du « trop » de malheurs et abominations, les avis de la plupart ont été partagés Dans ce livre écrit en 2003 qu’elle dédie à sa mère, Tiffany McDaniel s’inspire de la vie de celle-ci. Betty, la « petite indienne » est la 6éme de huit enfants dont la plupart mourront dans leur prime jeunesse. Son père, Landon, est un indien cherokee d’une profonde humanité qu’il puise dans l’histoire et les légendes de son peuple. Sa mère est une femme blanche , brisée et torturée par son histoire familiale. Seule Betty hérite de la peau mate de son père et de ce fait, doit faire face au racisme et à la cruauté de la part des autres enfants, des adultes, de l’institution scolaire L’ accent est mis sur la relation entre cette petite fille et son père, père extraordinaire d'amour, de poésie et d'abnégation, père qui connait les techniques ancestrales de jardinage, les plantes qui guérissent, qui connait les étoiles et qui sait le nombre d’étoiles épinglées dans le ciel le soir de la naissance de ses huit enfants. Touchantes également les relations au sein de la fratrie. Mais les plus noirs secrets de la famille ne tardent pas à apparaitre: drames, violences, sexisme, incestes, histoires sordides, suicides… Tout ceci est dramatique mais a pour conséquence un sentiment de « trop » pour beaucoup d’entre nous: trop de viols, trop de morts, trop de malheurs. Une autre critique avancée tient au manque de nuance de la plupart des personnages à l’exception de la mère, femme brisée au comportement complexe et de certains personnages secondaires (la femme sans visage, la prostituée des sables mouvants) dont la description est très émouvante. Par ailleurs il nous a semblé que ce roman voulait réunir trop de thématiques : violences faites aux femmes, reproduction de la violence familiale, hymne à la nature, magie de la culture indienne, place des Indiens dans la culture américaine… Sur ce dernier sujet (les problèmes des Amérindiens dans la société américaine), les romans de Louise Erdrich (dont le dernier lu : Celui qui veille) sont beaucoup plus forts et subtils nous semble-t-il. C’est aussi un roman très long (trop ?) et malgré sa lecture facile, un certain nombre d’entre nous l’ont terminé laborieusement . En conclusion, deux dominantes parcourent le livre : d’une part un univers poétique, le merveilleux de la nature, le personnage du père et d’autre part le « trop », trop de violence et de drames. Et cette « balance » fait que l’on apprécie plus ou moins ce roman pour lequel nous sommes majoritairement plus nuancées que la plupart des critiques dont il a fait l’objet.

It is difficult to evaluate a book that most critics have declared to be a “masterpiece”. Amongst us, opinions were more diverse and nuanced, ranging from one very positive summary focused on the poetry of the style, and its emotional effect, to a very negative opinion highlighting the lack of subtlety in the characterization, and the impression that there were “far too many” horrifying and harrowing episodes. In this book, published in 2003 and dedicated to her mother, Tiffany Mc Daniel draws her inspiration from her mother’s life story. Betty, the “little Indian” is the sixth of eight children, most of whom die in infancy or while in their youth. Her father, Landon, is a profoundly humane Cherokee who draws his wisdom from the history , legends and myths of his people. Her mother, who is white, has been left broken and tortured by her childhood experiences. Betty is the only sibling to inherit her father’s dark skin and Indian features, and she is the butt of the racist hatred of other children, and of many adults at school, and in her neighbourhood. The stress is laid on the relationship between this little girl and her father, a man remarkable for his selflessness, his loving nature and his poetical gift, as well as his deep knowledge of ancestral gardening techniques and medicinal plants. This father can name the stars, and he knows precisely how many stars dotted the sky on the nights when each of his eight children was born. The strong links among the siblings seem moving, but the family’s deepest and darkest secrets are also soon revealed: tragedies, violence, sexism, incest, suicides, sordid secrets... all that is undoubtedly highly dramatic, but it also induced in a number of us the feeling that it is all “too much”: there are too many rapes, too many deaths, too much heartbreak. Our criticisms were also aimed at the lack of roundedness of most characters, except for the mother, depicted as a broken, complex woman whose behaviour is erratic and unpredictable, and for a couple of the minor characters, such as the masked woman and the prostitute in the quicksand episode, who are described in a very moving way. Moreover, it seemed to us that this novel tried too hard to include too many themes: violence against women, the reproduction of domestic abuse from one generation to the next, the lyrical ode to nature, the magic of Indian culture, the fate of Indian tribes in American history and present society... Concerning the latter theme, we felt that Louise Erdrich had treated it in a much more striking and subtle manner, particularly in her novel The Night Watchman which we had read just before. Betty is also a very long (too long?) novel, and although it makes for easy reading, a number of us found it tedious and heavy-going. To conclude, we could say that two main tendencies emerge from this book: the first is its ability to conjure up a poetic universe and a wonderful natural framework, dominated by the character of the father, and the second is its overabundance of violence and horrors. This dichotomy explains why our reception was diverse, and noticeably different from the enthusiastic reviews of most professional critics.

